Yacine hâtait le pas, il était stressé, il aurait aimé se trouver autre part…
Il avançait dans cette ruelle qui devenait de plus en plus sombre bien que sa montre indiquait neuf heures du matin. Il fonçait tout droit évitant de croiser du regard les gens qui se trouvaient là ; il n’était pas coutumier de ce genre d’endroits perdus au fin fond de la ville. Par contre, son regard se baladait sur les enseignes des quelques petites boutiques à droite et à gauche. Sa douleur au bras lui faisait encore plus mal que la veille…
Arrivé devant l’une d’entre elles, il s’arrêta net, resta un moment immobile, l’esprit ailleurs, puis pris une profonde inspiration et entra.
C’était une épicerie tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Le vendeur, un jeune homme d’une trentaine d’années, était assis derrière son comptoir en train de feuilleter un journal.
Yacine, qui le devançait de quelques années, s’avança vers lui :
- Bonjour.
- Bonjour. Que puis-je pour vous ?
Yacine, qui s’était fait plein de scénarios différents avant de venir dans ce magasin, avait finalement opté pour un style direct mais discret, il répondit au vendeur en parlant bas :
- Vous êtes bien Tarik ?
- Oui, c’est moi…
- C’est Hami qui m’envoie. Il m’a parlé de la…euh…marchandise…
- Ok ! Je vois. Et que vous a-t-il dit au juste à propos de cette marchandise ?
- Ben vous savez…La poudre…Que vous en aviez à très bons prix.
- D’accord, d’accord ! Moins fort. Je te crois. Je dois être prudent, tu comprends ? De plus, je n’en ai pas des tonnes !
- Oui, bien sûr.
- J’en ai, et de la bonne ! Que te faut-il au juste mon frère ?
- Ben, je viens de te le dire...(Et il chuchota)…De la poudre blanche…
- Oui, ça j’avais compris. Tu sais, j’en ai plusieurs sortes : de la française, de la canadienne, de la néo-zélandaise même !
Yacine sentit son bras qui le lancinait de douleur puis dit :
- Je pense que je vais prendre la moins chère.
- C’est toi qui vois mon frère.
De retour chez lui, Yacine trouva sa femme au salon, il s’approcha d’elle et lui lança :
- J’en ai ramené !
- Ouf ! Je suis soulagée. Combien t’as pu en avoir ?
- Je n’ai pu avoir que cinq boites. Normalement il ne vend pas plus de trois, j’ai dû lui parler de mon bras tu vois…
- Oui je comprends…
- Et puis au prix de la boite de nos jours, ou du sachet d'ailleurs, je n’aurais pas pu en acheter beaucoup plus.
- Eh oui ! Tu l’as dit ! Le lait va devenir un produit rare et de luxe ! « Mout ya el guellil » !
- Les patates, le lait, la semoule…
- Allez je vais faire bouillir de l’eau et nous en préparer deux grandes tasses. Je vais aussi faire du flan pour ce soir. Il faut que tu en prennes en quantité considérable pour rétablir ton taux de calcium, ton bras devrait cesser de te faire mal dans la soirée.

